Ep 22 - La Tomate Est un Fruit et La Fraise Est Un Légume
Ecoutez l'épisode en cliquant ici
<<< Aller à l'épisode précédant Aller à l'épisode suivant >>>
La distinction entre les
fruits et les légumes, c'est devenu un SUJET ! C'est quand même fou !
A n'importe quel moment, vous pouvez avoir un ami ou un proche qui va nous saouler en vous disant que la tomate, c'est pas un légume, c'est un fruit, et un autre qui va répondre que non, c'est pas vrai, les fruits, c'est des fruits, c'est pas des légumes, bla bla bla ...
Non mais calmez-vous !
Y'a trop de gens qui font les malins en pensant savoir, alors qu'ils ne savent pas.
Ou s'ils savent, c'est souvent pour montrer qu'ils savent. Pour se faire mousser avec un sujet nul qui n'en vaut pas la peine.
Et ça, c'est fatiguant !
Nous sommes tous manipulateurs, nous sommes tous manipulables, et nous sommes tous manipulés!
Je suis Julius, et dans ce podcast, je vous propose d'analyser les techniques de manipulation pour y résister.
Le but est de tenir bon face aux manipulateurs, mais aussi de ne pas succomber soi-même quand on est tenté de manipuler.
Bienvenu dans «La Résistance à la Manipulation»
Il y a quelque chose de récurent qui apparaît dans la manipulation, que j'ai déjà présenté ici et que je combat vraiment au quotidien, c'est la pensée binaire.
Mais, malheureusement, c'est quelque chose de profondément ancré en nous !
On peut aussi la retrouver dans le podcast sous les noms de « l'esprit de contradiction », « la pensée en miroir », « l'antagonisation » ou « la polarisation ».
Tout ces noms regroupent un peu la même idée chez les manipulateurs, qui est qu'un autre point de vu que le leur, s'il n'est pas similaire à 100 %, est donc forcément en tout point opposé, opposé à 100 %, qu'il n'y a pas de terrain commun à trouver, ou qu'il ne faut surtout pas chercher.
Il y a plusieurs techniques dans la liste qu'on à vu qui utilisent cette binarité pour systématiquement diviser le monde en 2 catégories.
Ya les bons, les gentils, les meilleurs, les justes, les
élus, qui sont forcément du coté qu'a
défini celui qui
manipule, donc le bon coté,
et puis il y a les autres.
Le reste du monde qui est forcément contre les bons, il ne peut pas y avoir d'autre option !
Pour tenter de résoudre ce soucis, il faut comprendre une chose :
L'humain est débile !
Alors, ne vous inquiétez pas, je vais vous rassurer! ON EST TOUS DEBILES !
A la base, du moins.
Parce qu'on a un logiciel de base qui est mal conçu.
En fait, le cerveau pense naturellement de façon binaire en ce qui concerne la morale.
Il a besoin de tout catégoriser : le bien et le mal, le bon et le mauvais, les gentils et les méchants, etc.
Selon la situation, il trouve une petite case pour ranger les différents aspects du monde, et après il dort beaucoup mieux.
Il fait ça parce que c'est le plus simple pour lui. C'est instinctif chez l'animal humain !
Il pense naturellement en positif ou en négatif, comme avec un interrupteur ON/OFF, et donc pour lui, si c'est pas l'un, ben c'est l'autre.
On doit donc apprendre à penser autrement que de façon binaire. Et c'est un effort.
Ce n'est d'ailleurs pas seulement un effort mental, c'est aussi un effort physique pour le cerveau.
Le professeur Daniel Kahneman à écrit un livre pour résumer ce concept. Ce livre s'appelle Système 1/Système 2
Selon lui, nous avons 2 systèmes de réflexions, comme vous l'avez compris, déjà.
Il y a donc le système 1 qui fonctionne uniquement à l'instinct.
C'est le système qui, quand il reçoit une info à traiter, comme le comportement qu'à une personne envers nous, va choisir parmi ses sorties possibles pour nous faire réagir à la situation.
Mais de base, ce système 1 n'est pas doté de beaucoup de sorties.
Chaque sortie étant une réaction différente, on se retrouve à ne pouvoir réagir que de façon tranchées, sans nuances.
Rester ou fuir, accepter tout ou refuser tout, etc...
Et puis il y a le système 2 qui, lui, est plus souple, plus malléable. Il est donc moins binaire.
Il s'active quand on veux
trouver une autre solution, une autre alternative que l'on n'a
pas naturellement en tête.
Il permet de faire le tri, de voir toutes les options, de les catégoriser et de sélectionner les sorties les mieux appropriées aux différents problèmes qu'on rencontre.
Ce système est donc capable de voir les réactions binaires du système 1, mais il est aussi capable de voir plusieurs possibilités intermédiaires.
En sollicitant ce système, en plus de voir le monde en noir et blanc, et ben on peut voir aussi certaines nuances de gris entre les 2.
Et arrivé là, on pourrait être tenté de se dire : « Ben le système 1, il est nul ! Autant le virer, et garder le système 2 en permanence ! »
A ça, je serais tenté de vous dire oui, mais il faut que je vous dise non.
(si vous avez cru que j'allais dire autre chose, vous ne connaissez pas assez ce podcast, réécoutez-le depuis le début!)
Parce qu'en fait, le système 1 à un énorme avantage sur le système 2, c'est qu'il est très rapide et consomme très peu de calories dans le cerveau.
Et le corps humain, par souci d'économie d'énergie, prime ce système puisque le cerveau est l'un des organes qui consomme le plus d'énergie.
Ce système qui est câblé sur nos réflexes et nos instincts.
On est donc forcé de l'utiliser. En tout cas, de l'activer avant d'enclencher le système 2 si on veut trouver une autre alternative.
La définition du Fruit est scientifique et nous vient de la botanique.
Et donc en botanique, on considère qu'un fruit est un fruit quand le pistil de la plante à été fécondé, et que cette fécondation, après avoir donné une fleur, produit une excroissance protectrice qui renferme les graines chargées de la reproduction de la plante.
Pour schématiser, c'est vraiment le bébé de la plante, ou son fœtus... Enfin c'est compliqué de comparer ça à l'humain, mais en tout cas, c'est la définition pour tout les végétaux, même ceux qui ne se mangent pas.
J'aime bien cette idée du système 1/Système 2 pour expliquer la mécanique de nos choix et de nos réactions.
Mais je vais vous expliquer comment moi je comprend ces 2 systèmes, et comment je les utilise au quotidien.
Selon moi, le système 1 et le système 2, en fait, c'est le même système. C'est juste qu'en mode 1, le système est fermé, prêt à réagir à une situation, et produire une réponse rapide sans tergiverser, c'est ce qu'il fait de mieux.
Mais quand il est en mode 2, c'est qu'il est ouvert, comme quand on ouvre le capot de la bagnoles pour faire des réglages et des réparations.
Avec un capot ouvert, on ne peut pas rouler vite. Et en plus, avec la prise au vent, on consommerai plus de carburant.
J'avoue que j'aurais pas cru que cette métaphore du capot ouvert fonctionne autant!
Et puis faut dire que c'est dangereux de conduire et d'avoir les mains dans le moteur en même temps... Ouais, nan!.., c'est là que je me rend compte que ça fonctionne pas à fond à fond, cette métaphore.
En tout cas, quand on a le capot levé, ben on peut voir dans le mécanisme ce qui amène aux sorties existantes, et avec un peu d'analyse, on peut comprendre s'il nous manque 1 ou 2 sorties pour mieux s'adapter à un problème.
Et on peut les ajouter aux sorties existantes avant de refermer le capot et de réactiver le mode 1, mais cette fois avec plus de nuances.
Pour chaque situation ou on a un réflexe de pensée qui est conditionné, il y a un mécanisme comme ça à la source, qu'on peut ouvrir et modifier pour le faire évoluer.
Maintenant, imaginez qu'on fonctionne en mode 2 en permanence sur tout les mécanismes dans nos neurones en même temps !
Je ne suis pas sûr qu'on finisse par se souvenir de quand on doit manger ou respirer.
Il y a une forte saturation mentale à rester en mode 2, a se poser des tonnes et des tonnes de questions.
On l'a tous déjà expérimenté, d'ailleurs. Quand on se pose trop de questions, et ben on sature, on bloque, on pète les plombs.
Chaque décision met énormément de temps à être validée par tout les neurones qui ont leur systèmes ouverts avec des dérivations d'analyse partout qui ralentissent la prise de décision.
Tout ça met beaucoup trop de temps, voir ne pourra même jamais être tranché tellement le doute perpétuel est présent.
Et penser qu'en une seul fois, on pourrait corriger tout les mécanismes des erreurs de jugement pour leur rajouter toutes les options qu'on pense nécessaires, c'est illusoire.
Revoir tout son mode de pensée, ça ne se modifie pas en une fois, ça ne se fait pas en un claquement de doigt. Ça prend beaucoup de temps.
Et il faut le prendre, ce temps, pour le faire, une modification à la fois, pour pouvoir la tester le plus vite possible, le plus de fois possible, et pouvoir la corriger le plus rapidement possible.
Il faut s'adapter à chacun de ces nouveaux modes de pensée afin que ça deviennent, au bout d'un moment, un nouveau réflexe.
En fait, cette configuration binaire doit surement être hérité de notre enfance.
La manière dont on reçoit le monde et dont on l'enregistre dés la petite enfance doit forcement jouer un rôle.
Ben oui. C'est rare que les bébés fasse preuve de nuance. Ils ont une lecture du monde qui est de rejeter ce qui ne leur convient pas, même si c'est bon pour eux.
C'est pour ça qu'on assimile souvent les jugements manichéens à une forme de puérilité.
Donc le système 1 n'est pas mauvais. Il est juste beaucoup mieux adapté à des situations binaires, comme mourir ou survire, manger ou être mangé.
Des situations qui ont façonné le quotidien de notre espèce il y a plusieurs millénaires, et que nous avons toujours fondamentalement en nous dans nos mécanismes inconscients.
Et le système 2, lui, à son utilité à d'autres moments, des moments plus calmes, dans des situations ou il y a moins de risque. Des situations ou on accepte de se poser des questions sur nous-même.
Toutes les insécurités dont on à parlé dans l'épisode précédent ressurgissent ici et peuvent former des points aveugle qui nous empêchent de nous remettre en question, de remettre en question un mécanisme binaire qui donne l'air de bien fonctionner tant que l'on garde ses oeillères et qu'on évite de s'analyser soi-même!
Le système 2, est donc, lui, beaucoup plus adapté pour un monde moderne fait de nuance, loins des mécanismes d'instinct de survie.
On est beaucoup moins en risque aujourd'hui qu'a l'époque des chasseurs-cueilleurs.
Le légume, lui, à plus une définition plus alimentaire, plus culinaire, donc moins scientifique pour le coup.
Et hyper simple d'ailleurs : C'est la ou les parties comestibles d'un végétal, tout simplement.
Donc ça peut être les racines, les tiges, et pas seulement le fruit.
Et c'est là que ça fait faire des nœuds dans la tête des relous, parce que les définitions ne s'excluent pas l'une l'autre.
Et alors ils n'arrivent plus à penser !
Et donc, si on ne s'en tient qu'à ces définitions, tout les fruits ne sont pas forcément des légumes, mais tout les fruits COMESTIBLES le sont !
Et dans l'autre camp, tout les légumes ne sont pas forcément des fruits, mais certains le sont.
Donc la tomate est un fruit ET un légume, alors que la fraise ne serait qu'un légume. Parce que c'est les petites graines sur la fraise qui, elles, sont les fruits.
On dit que « prendre le temps de réfléchir », c'est juste une manière plus jolie de dire que l'on change d'avis.
Et bien le
système 2, c'est juste
une manière plus visuelle de se représenter nos modes de pensée.
Dans la vie de tout les jours, quand on à un doute, on peut s'imaginer qu'on à ouvert un de ces mécanismes pour le passer en mode 2.
Et on peut se dire aussi que plus le doute persiste chez nous et nous parasite, et plus on a ouvert de mécanismes en mode 2, et la décision devient impossible à prendre.
Et c'est là que l'expression « prendre le TEMPS de réfléchir » reprend du sens.
Le temps de cerveau nécessaire à réorganiser son cerveau est parfois indispensable pour mieux penser.
Et oui, changer d'avis, ça prend du temps.
Donc, si on s'autorise pour soi-même du temps pour se remettre certaines idées en place, il faut comprendre que les gens avec qui on discute aient aussi besoin de temps pour changer d'avis.
Et dans le même genre d'idée, ne prenez pas une décision quand on vous presse, alors que vous n'êtes pas vraiment convaincu.
C'est votre système 1 que l'on essaie de forcer alors que, peut-être, vous sentez que vous devez passer en système 2 pour réfléchir.
Après la définition scientifique et culinaire des fruits, les gens du peuple, hein, les quidams, les gens comme nous, par l'utilisation au quotidien de ces termes, ont fini par se mettre d'accord pour convenir ensemble, sans trop le dire, mais dans l'action, ils se sont dit que les fruits, c'est plutôt les végétaux sucrés, qu'on mange généralement crus, et que les végétaux plutôt salés, ou plutôt à cuire, ben c'était des légumes.
Voilà, c'est tout.
La sagesse populaire à trouvé d'elle-même un terrain de paix pour se faire comprendre et être compris avec ces 2 termes.
C'est vrai qu'elle à un peu tordu les 2 définitions pour qu'on y arrive, mais on s'en fout, dans le fond, on se comprend maintenant quand on parle de fruits et de légumes.
Le problème que j'ai avec les relous qui remettent toujours les fruits et légumes sur la table, (lol) c'est qu'ils ne cherchent pas à éclaircir le malentendu.
Ils entretiennent cette idée de définitions qui s'excluraient l'une l'autre parce que eux s'expliquent toujours mal.
Parce que le coeur du problème, j'ai pas pris beaucoup de votre temps de cerveau pour vous l'expliquer.
Ils ne savent pas éclaircir le malentendu puis-ce que sans la confusion, ils ne paraitraient pas aussi interessants !
Ils restent donc dans cette habitude de couper le monde en 2 catégories, cette distinction entre eux qui savent, et les autres qui ne savent pas.
Et ils jouent toujours avec cette ignorance pour se faire valoir.
Et le fait de jouer avec le manque de connaissance des autres, pour moi, c'est un signe d'élitisme.
Un signe que les autres, valent moins. Que "eux" sont au dessus.
Et le fait de toujours voir le monde coupé en 2 catégories, ça mène toujours, mécaniquement, à ce genre d'élitisme !
Ça entretient cette distinction, cette idée de 2 mondes qui s'opposent. Il le font très certainement sans s'en rendre compte, mais ils le font. Et on peut même dire que ça valide cette idée d'opposition.
Après, c'est pas toujours
grave. Ils sont peut-être plus sensible à ce genre de mécanismes
élitistes, mais au final, on peut toujours discuter.
On dit que tout les problèmes deviennent des clous quand on à un marteau à la main.
Et bien tout est affaire d'élitisme quand on ne sais regarder le monde qu'avec un mode binaire !
Alors que ce système n'est pas mauvais. Il faut juste savoir l'adapter.
Bien dosé, le système 1 reste utile, voir indispensable dans beaucoup de cas.
Parce qu'il règle pas mal de problèmes qui n'ont pas besoin de nuances.
Il est présent tout le temps, et c'est justement grâce à lui qu'on respire, qu'on mange, qu'on marche, qu'on esquive un obstacle qu'on n'a vu qu'au dernier moment.
Parce que, je le rappel, mais nôtre cerveau n'est pas fait pour réfléchir. Il est fait pour survivre.
Et on à tendance à l'oublier parce que, quand on réfléchi, ben c'est le cerveau qu'on sollicite. C'est pas notre foie, nos rotules ou nos pied.
Mais c'est pas parce que c'est lui qui réfléchi le mieux dans notre corps, qu'il sait le faire de manière optimale.
Non, en vrai, il se débrouille, il fait ce qu'il peut. Et puis nous, on ajuste un peu, avec l'expérience.
Mais ce système 1 peut aussi avoir ses avantages quand on veut attirer l'attention.
Parce qu'il est très réactif aux clichés, aux images mentales, bref aux pensées faciles!
La pensée complexe, vous avez compris que c'est pas délire !
Et bien il suffit d'agiter une pensée facile devant nos yeux ou nos oreilles pour attirer notre attention.
On peut agiter une histoire de fruits qui sont des légumes, et vice-versa.
On peut aussi dire que tout les humains sont débiles parce le cerveau est comme une machine qu'on peut bricoler!
C'est vrai, l'idée que le cerveau est une machine réglable, c'est attrayant.
Présenter le cerveau de façon volontairement simpliste comme pleins de petit mécanismes qu'on peut tritouiller, en réalité, ce n'est pas la réalité.
Ce n'est pas une véritable représentation de ce qui se passe dans notre cerveau, pourtant, je pense qu'elle est utile.
Elle aide à comprendre, et elle pousse à tenter de faire des efforts pour s'améliorer.
C'est une représentation fausse mais qui peut avoir de vrais effets dans la vie.
J'ai utilisé cette métaphore parce qu'elle est pratique. Elle attire l'attention.
D'une certaine manière, je vous ai manipulé.
Mon idée avec ce stratagème, c'était d'ouvrir votre système de pensée pour vous amener à recevoir plus facilement l'idée qu'on peut faire des efforts pour aller au-delà des pensées faciles.
Utiliser une pensée facile pour se renforcer contre les traquenards des pensées faciles.
Comme tout travail introspectif dont j'ai parlé jusque là, il implique de l'investissement et de l'attention à soi.
C'est pas toujours facile mais c'est possible.
On a parlé de l'inconscient dans l'épisode précédent, et du fait que, quelque part, on le subit, qu'on le veuille ou non.
Dans cet épisode, je voulais vous donner un exemple de situation ou votre conscient peut reprendre un peu de contrôle sur votre inconscient.
Pour se rappeler qu'on peut négocier avec lui, même si tout ces raccourcis et toutes ces images sont un peu fautives.
Elles aident quand même à essayer de reprendre le contrôle.
On laisse une part du travail à notre inconscient, et on fait consciemment l'autre part du travail.
Le système 1 amélioré, c'est quand votre conscient et votre inconscient travaillent au même objectif.
Et puis pour cette petite manipulation, ce stratagème de mise en scène que j'ai utilisé, j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop...
Manipuler pour essayer d'aider les gens, on en reparlera dans le prochain épisode.
Il ne faut jamais oublier que le monde se divise en 2 catégories.
Ben ceux qui divisent le monde en 2 catégories, et les autres !
LOL !
<<< Aller à l'épisode précédant Aller à l'épisode suivant >>>
