Ep 18 - La Sidération Psychique
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La technique qui est un peu la version ultime du chaud/froid, c'est la sidération psychique.
Je reviendrais un peu plus en détail sur le lien que je fais ici entre ces techniques, car, d'abord, il faut que je vous explique ce qu'il se passe avec la sidération psychique.
Alors, j'avoue que je bottais un peu en touche sur les 3 épisodes précédents car les techniques que j'ai expliqué frôlaient l'univers médical ou psychologique.
Pour éviter tout malentendu ou mauvaises interprétations, j'ai préféré, et je préfère toujours, distinguer l'utilisation vulgaire que j'en ai proposé, de leurs pendants scientifiques qui sont véritablement plus complexes et subtiles.
Mais pour la Sidération Psychique, je vais prendre le temps de vous l'expliquer le plus clairement possible.
Et d'habitude, je parle plutôt de techniques que les manipulateurs utilisent.
Cette fois, il va nous falloir adopter le point de vue de la victime, car c'est elle qui risque de la subir.
L'état de sidération psychique est un mécanisme de défense du cerveau quand une victime de traumatisme physique et/ou psychologique va se retrouver choquée et en quelque sorte tétanisée par l'évènement.
C'est un état qui peut apparaître lors d'une agression verbale violente ou physique, mais plus souvent lors d'une agression sexuelle.
Dans ces situations de danger, le cerveau fait son boulot pour nous garder en vie.
Parce que, oui, si vous ne le saviez pas encore, le vrai boulot de notre cerveau, ce n'est pas de réfléchir mais de nous garder en vie!
Cette précision étant posée, le cerveau, sous état de stresse, va produire des hormones comme l'adrénaline ou le cortisol pour nous préparer à la fuite.
Ce mélange fait s'accélérer le coeur ainsi que la respiration, et fait se contracter les muscles pour être prêt à réagir le plus vite possible.
Mais lors d'une agression ou la victime se retrouve dans l'impossibilité de fuir, le cerveau se retrouve saturé par ces hormones du stresse.
La victime peut se retrouver alors comme immobilisée physiquement. Non pas seulement par son agresseur, mais aussi paralysée par son propre corps, incapable de se défendre ou de réagir.
Cet excès d'hormones du stresse pourraient entrainer un arrêt cardiaque. Donc le cerveau, toujours dans une optique de survie, va produire de la Kétamine et de la Morphine pour compenser le cocktail et calmer le jeu.
La victime va alors passer dans une seconde phase qui est la dissociation.
Elle va se retrouver comme dissociée de son corps et de ses émotions. Certaines victimes disent avoir vu la scène qu'elles ont vécu mais depuis un autre point de vu que le leur, comme si elles étaient sorties de leurs corps.
Comme si le cerveau refabriquait un souvenir à la volée pour ne pas se sentir trop impliqué émotionnellement dans ce qui était en train de se passer.
Pour ne pas se sentir impliqué dans les évènements, même en tant que victime.
Il est possible aussi que certains détails s'échappent des souvenirs de la victime après l'agression, toujours, possiblement, pour une raison de charge mentale trop lourde à supporter émotionnellement.
Certaines victimes peuvent aussi minimiser ce qu'elles ont subit après coup à cause de la dissociation qui peuvent leur donner l'impression que ça ne leur est pas vraiment arrivé, mais aussi à cause de ces souvenirs manquants qui vont altérer l'analyse de ce qu'il s'est passé.
Elles peuvent même refuser de porter plainte parce qu'elles ont l'impression qu'il y a trop d'attention sur elles, comme si la réaction de ses amis, des services médicaux ou de la police étaient disproportionnés par rapport à ce qu'elles ont vécu.
C'est pourtant un phénomène physiologique que l'on peut constater par imagerie médicale, donc il est aujourd'hui parfaitement avéré et explicable.
La loi évolue de nos jours pour que ce phénomènes soient pris en compte dans les procès pour agression, agression sexuelle et viol.
Le lien que je fais entre le chaud/froid et la sidération, c'est que dans la manipulation, il y a une relation de confiance qui se crée avant la dégradation de la relation.
Donc les manipulateurs qui en viennent à l'agression bénéficient de cette confiance préalablement installée avec leurs victimes.
Au moment du passage à l'acte, la victime est dans la surprise, l'incrédulité et la terreur.
Cet avantage pour l'agresseur n'est possible que grâce à la relation de confiance qu'il a noué.
Il n'est pas nécessaire que ça aille jusqu'à l'agression physique pour que la terreur et l'état de sidération apparaissent.
Il existe des formes d'agressions morales qui pourraient tout à fait mettre la victime dans un tel état d'immobilisme et de dissociation, surtout dans le cas de la manipulation ou des engueulades violentes peuvent être très fréquentes.
Le consentement est forcément biaisé par l'agression en elle-même. Mais je pense qu'il y a un double forçage du consentement.
Une agression brise la relation de confiance, bien entendu, mais elle brise aussi quelque chose de plus qu'il est difficile de résumer sans prendre le temps de l'expliquer.
Nous sommes tous des animaux à la base, avec l'instinct de survie qui va avec, la sidération psychique en est un vestige, mais on vis aujourd'hui dans une société ou notre risque vital n'est plus engagé au moindre coin de rue.
Nous sommes tous nés et avons grandit dans une sorte de contrat social qui nous préserve de ce sentiment d'être une proie face à n'importe quelle personne que l'on croise en allant faire ses courses.
Bon, sauf la plupart des filles qui, elles, le vivent souvent, quand même !
Alors je sais que c'est pas directement le sujet mais ça reste UN sujet. BREF !
Ce contrat social entre guillemets qui est normalement soutenu par les lois de la société civile se retrouve rompu lors d'une agression.
Ce qui veut dire que l'agresseur, en agissant comme un prédateur, une bête féroce, fait voler en éclat tout ce conditionnement de la société humaine que l'on à intégré depuis l'enfance.
Il provoque un retour à l'état de nature, un retour aux pulsions sauvages.
Le sentiment de confiance que la victime peut avoir envers celui qui devient son agresseur la fait bugger cérébralement.
Elle se dit que ce n'est pas possible de vivre ça. Pas cette personne, c'est impensable, il doit y avoir une raison.
Ce vertige émotionnel alimente la dissonance cognitive de la victime qui risque encore de minimiser la responsabilité de son agresseur en lui cherchant des circonstances atténuantes.
Il y a encore pire car l'immobilisme de la victime peut alimenter l'idée qu'elle à été consentante puisqu'elle ne s'est pas débattue.
L'agresseur risque de se servir de cet argument ce qui est presque attendu, mais malheureusement il y a encore trop de personnes, parfois dans les forces de l'ordre ou dans la justice, mais aussi parmi les proches de la victime, qui peuvent se ranger à cet avis.
C'est la pire des condamnations morales qui puisse être utilisée pour culpabiliser la victime.
Alors pour une foi, il n'y a pas de peur à expliquer. En tout cas, j'en ai pas envie.
Parce que du coté victime, cet épisode est entièrement dédié à expliquer la peur qui l'assaille dans pareil situation, et pour ce qui est de l'agresseur, je ne vois pas comment expliquer un comportement d'agression.
C'est une atteinte a la personne et il y a des lois qui condamnent ça.
Et si je tentais d'expliquer ce qu'il peut se passer dans la tête du bourreau à ce moment là, ça pourrait participer à excuser ou minimiser l'acte.
Habituellement, je ne suis pas d'accord avec le dicton qui dit qu'expliquer c'est excuser, mais c'est ici ma limite.
Je
pense
que le fait de savoir que l'effet de sidération puisse exister
permet
déjà de réduire une partie de son pouvoir
incapacitant.
Il est difficile de s'en prémunir. Déjà parce qu'il apparaît par surprise, donc anticiper H24 pour ne pas être dépassé par ses émotions, c'est illusoire.
Il y a une théorie qui dit que, comme le cerveau est en mode survie à ce moment là et qu'il empêche les mouvements et le dialogue, il se peut qu'en se forçant à faire un geste ou en parlant, on peut commencer à débloquer le processus.
Bien-sûr, c'est compliqué dans une situation pareil de faire un geste ou de dire quelque chose qui ne soit pas pris comme un affront ou un geste de rébellion par l'agresseur.
Et même si ça ne l'était pas, le mode survie activé chez la victime peut lui faire penser ça et renforcer sa peur de réagir.
Donc plus facile à dire qu'à faire, bien sûr, et puis ce n'est qu'une théorie.
Par contre, on peu parler de ce qu'il y a à faire pour aider les victimes.
Dans ce genre de trauma, il faut les accompagner dans la compréhension de ce phénomène pour les aider à se déculpabiliser.
Voir un médecin va surement être nécessaire, mais le soutient des proches, et un soutient sans jugement ni culpabilisation est indispensable.
Les victimes de ce genre de trauma peuvent paraître forte et résistante immédiatement après l'agression.
Il ne faut pas forcément s'y fier. La dissociation peut leur donner l'impression qu'elles gères.
Il faut être là pour elles, au rythme de leurs besoins, et les aider à verbaliser le souvenir pour ne pas entretenir la mémoire traumatique.
Il faudra quand-même s'attendre à ce qu'elles craquent à un moment, le temps que la dissociation se dissipe.
Il se peut aussi qu'une rechute apparaisse, et que la victime retourne dans les bras de son agresseur.
La raison est que l'après trauma peut la rendre excessivement triste et dépressive, surtout quand l'emprise et la manipulation ont duré longtemps.
Lors de la reprise de conscience, la victime se rend compte de tout ce qu'elle à dû endormir en elle pour rester en vie, et récupérer sa conscience et ses sensations peut l'amener à préférer contrôler son malaise en retournant vers son bourreau plutôt que de ne rien faire et subir ses souvenirs et le retour d'émotion qui va avec.
Maintenant, avec l'accord de ma sœur, je voudrais vous parler d'une agression qu'elle à subit, et je voudrais surtout vous parler de « diable social ».
Ma sœur s'est faite agressée un soir par 2 hommes, dont un qu'elle connaissait, mais c'est surtout celui qu'elle ne connaissait pas qui s'en est pris à elle.
Je vais vous passer les détails inutiles, mais arrivé à un moment, pendant que son petit ami mettait des poings dans la tronche de type qu'elle connaissait, le second à mis ma sœur au sol pour tenter... ben vous avez compris, quoi!
Ma sœur m'a dit qu'à ce moment-là, elle à vu clairement les yeux de cet homme, et elle m'a dit qu'elle n'y a pas vu d'humanité.
Elle y a vu plutôt un démon déchainé, un véritable diable. C'était ses propres mots : le regard du diable.
Avant qu'il ne puisse aller plus loin, son copain, qui venait de mettre l'autre en déroute, est venu l'aider et à foutu plusieurs pains au mec pour qu'il la lâche.
Au final, les 2 gars se sont enfuis, mais un seul à été rattrapé par la police, et pas le bon.
Ma sœur n'a rien eu à part quelques bleu et l'une des pires peur de sa vie quand même, mais ce qui est une chance dans cette situation.
C'est presque bizarre de le dire comme ça. Et son copain, lui, à eu un coquart pendant quelques jours.
Je tenais à vous raconter cette histoire parce que c'est un témoignage que j'ai eu directement, et aussi, que les mots de ma sœurs me sont restés pendant longtemps.
Elle qui n'est pratiquante d'aucune religion, qu'elle fasse une comparaison avec le seigneur du mal pour expliquer ce qu'elle à vu m'a longtemps travaillé.
Mais après avoir entendu d'autres témoignages de victimes d'agression, j'ai compris, avec d'autres mots, ce qu'elles ont voulu exprimer.
Quand l'agresseur brise ce fameux contrat social qu'on à intégré depuis l'enfance, il le fait de manière intentionnel, et c'est par pur intérêt égoïste.
Il est clairement mu par un besoin à assouvir, quel qu'il soit, et il va sciemment au-delà des conventions habituelles pour s'en emparer.
Et c'est cette voracité que ma sœur à vu, et dont beaucoup d'autres victimes parlent.
C'est ça que les victimes vivent comme une chute libre émotionnelle. Elles ont l'impression de tomber en enfer.
C'est cette surprise dés le début de l'agression qui peut provoquer la sidération.
Ces yeux qui trahissent son besoin de transgresser toutes les règles pour obtenir ce qu'il convoite.
Un besoin de dominer, de détruire, de salir et de prendre, au-delà de toutes les lois, au delà de son humanité.
Et c'est ça que ma sœur à vu : le regard du diable !
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