Ep 17 - Le Déni et la Projection
Ecoutez l'épisode en cliquant ici
<<< Aller à l'épisode précédant Aller à l'épisode suivant >>>
Pour cet épisode, nous allons parler de 2 techniques en une, car les 2 sont très liées selon moi. Ces techniques sont le déni et la projection... comme je l'ai dit juste avant, en fait
Alors, encore une fois, les techniques dont je parle sont très proche de certains concepts de psychologie.
La version dont je parle s'utilise dans la vie de tout les jours pour identifier les mécaniques de manipulation donc elles sont plus large ou plus vague que les catégories médicales.
Elles s'en inspirent, toutefois, mais ça reste de la vulgarisation pour une utilisation pratique au quotidien.
N'allez pas vous prétendre thérapeute juste en vous basant sur ce que je dis.
Si ces sujets vous intéressent, il vous faudra absolument vous pencher sur de la littérature plus adéquat.
Le sentiment de rejet est commun a tout le monde. Quand on se prend un reproche, on peut se retrouver à douter de soi ou le nier pour le renvoyer à son émetteur par pur réflexe.
Ces reproches révèlent souvent une image de nous que nous refusons d'assumer.
Nous avons tous en tête une certaine image de nous-même, et quand un reproche vient l'ébranler, c'est notre estime qui est touchée, voir notre orgueil.
Ces images de nous sont souvent ancrées depuis longtemps en nous. Elles se sont façonnées avec l'âge depuis tout petit.
Elles reflètent nos certitudes, mais aussi nos faiblesses, et comme le fait d'avoir de l'assurance est une qualité qui peut se retransmettre culturellement par la famille, les insécurités aussi peuvent se transmettre de génération en génération.
Ce sont ces insécurités qui se manifestent lorsqu'on se prend un reproche qui nous fait nous braquer.
Ce rejet ne dure en général qu'un temps, le temps de collecter parmi les gens de confiance des éléments qui confirment ou non ce reproche pour le moduler et mieux le comprendre.
A partir de là, on l'accepte plus facilement et on peut commencer à travailler dessus pour changer.
Le déni est donc cet outil qui permet de filtrer la réalité pour n'en prélever que ce qui est agréable, ou utile, et qui fait abstraction de ce qui dérange.
Comme toujours, et comme pour la projection, il existe une forme de déni chez tout un chacun.
Mais, avec un manipulateur dans le déni, les reproches glissent sur lui comme sur une toile cirée !
Le manipulateur ne voit les choses que par le prisme de son intérêt : soit ça lui est utile ou profitable, soit non.
Et par cette mécanique binaire, Il trie les éléments, mais aussi les personnes, de sa vie. Soit il vous garde parce que vous lui êtes utile, soit il vous chasse.
Un argument revient souvent avec eux, c'est ce célèbre ultimatum binaire qui dit « si tu n'est pas avec moi, tu es contre moi ».
Il refuse donc de voir l'éventail de nuances entre ces 2 extrêmes.
C'est donc un candidat parfaitement prédisposer à user du déni et en abuser.
C'est à partir de ce déni qu'il va projeter sur sa victime absolument tout ce qu'il ne supporte pas ou qu'il refuse d'assumer.
Il n'y a pas de temps d'absorption chez lui, il est en rejet systématique car il ne sais pas gérer émotionnellement la frustration de cette image d'insécurité qu'il renvoi.
Le rejet est parfaitement visible même s'il peut être étayé d'arguments qui donnent l'illusion de la cohérence, car il sera trop dans la systématique et ne concèdera jamais le moindre doute.
Il n'y a, en général, pas de remise en question . Et s'il y en a, c'est plutôt pour mettre en place des stratégies d'évitement, des moyens de détourner l'attention pour rejeter l'offense, parfois, par des insultes, des attaques, et le rejet « en miroir » du type : « Nan, c'est pas moi, c'est toi ! »
C'est avec un esprit de contradiction habilement enrobé de détournement d'attention, qu'il peut donner du sens a ses arguments.
Il peut, par exemple, vous dire que votre raisonnement n'est pas intellectuel mais qu'il n'est qu'une pulsion, alors qu'en réalité, c'est lui qui a sa réflexion contrôlée par son ressenti et ses pulsions.
D'ailleurs, le déni et la projection ne sont que ça, des réactions pulsionnelles.
En gros, c'est le retour à l'école primaire, à base de « c'est sui qui dit qui est » ou « miroir magique puissance un million» pour retourner la charge émotionnelle sur la victime.
Il va dévaloriser vos arguments avec des éléments qui vont retourner la culpabilité et valider ses propres arguments.
Il va transformer le sens de ce que vous allez dire, va prélever sur vos arguments ce qui l'arrange pour étayer sa défense, et ne fera jamais l'effort de comprendre le fond de votre propos.
Avec cette mécanique, on voit que le déni et la projection sont très liés, car la projection ne peut pas fonctionner sans du déni à la base.
Et la suite logique du déni, c'est, bien sûr, la projection, pour que le manipulateur puisse se décharger de sa propre culpabilité.
Donc ayez bien conscience que dans un moment de rejet, s'il vous dit quelque chose, en réalité, il ne parle QUE de lui, jamais de vous.
Il n'y a pas de consentement réellement impliqué dans le déni quand il est en réaction a ce que vous dites.
Par contre, il peut être contourné quand, par exemple, une personne qui conduit horriblement vous affirme : « Heureusement que je sais très bien conduire »
Même s'il l'affirme sans que ça ne lui ait été demandé, il va espérer votre approbation.
Et ce genre de situations arrivent très souvent.
C'est dans ce genre de cas qu'il vaut mieux réagir pour que la personne sache que vous n'approuvez pas.
Et il faut parler pour signaler son avis, car qui ne dit mot consent, et c'est dans votre silence que votre consentement sera volé.
La peur principale qu'a le manipulateur dans cette situation, c'est la peur d'être pris en faute ou d'avoir tort publiquement.
Il a peur d'être pris en faute sur une faiblesse qu'il connaît et qui est un peu son talon d'Achille.
Ça peut le pousser à chercher chez les gens des signes qui lui indiqueraient qu'ils ont vu en lui cette faiblesse.
Ça nous ramène à l'idée de paranoïa qu'on avait déjà vu dans l'épisode sur le délire de persécution.
Elle peut s'installer chez le manipulateur lorsqu'il vit au quotidien avec l'angoisse que l'on découvre ce qu'il perçoit chez lui comme une faiblesse.
Et ses interprétation peuvent être de tout ordre. Tout peut devenir un signe qu'il interprétera comme du dégout envers lui, du mépris, ou de l'hypocrisie.
Pour conjurer ce malaise et prouver qu'il a raison de se méfier, il va changer son comportement sans qu'aucun reproche ne lui soit même adressé.
Et souvent même, sans que les gens n'aient réellement perçu une faille chez lui.
Il va de plus en plus semblé suspicieux à mesure qu'il aura l'impression d'être percé à nu.
Ça peut se manifester par de la susceptibilité exacerbée, des signes de besoin de contrôle, du déni et la projection de son malaise sur les autres en disant que ce sont les autres qui ont changé de comportement.
Et c'est en faisant ça qu'il s'exposent le plus et qu'il rend son insécurité parfaitement visible.
Il y a comme une forme d'ironie dans cette situation.
Vous ne pouvez pas aider toutes les personnes qui sont dans le déni et la projection.
Certaines d'entre elles ne veulent pas changer, elles refusent de voir leurs contradictions et leurs abus.
Dans ces cas-là, il se peut même que vouloir s'accorder sur le fait que vous n'êtes pas d'accord, et bien ce soit impossible.
Le plus simple est de maintenir une distance suffisante pour réduire à néant l'impact de ces personnes sur votre existence.
Mais si vous avez quelqu'un qui ne semble pas si catégorique, vous pouvez tenter de discuter pour comprendre son cheminement de pensée.
Et j'insiste sur le fait de vouloir comprendre ce cheminement de pensée.
Parce qu'il ne faut pas vouloir convaincre qu'on à raison. Vouloir convaincre, c'est vouloir avoir raison.
Et ça pousse à utiliser des techniques qu'une Cassandre ou qu'un Roi des fourmis utiliserai.
(oui, c'est une référence à un précédent épisode, je vous invite à écouter les autres épisodes du podcast, abonnez-vous!)
Le but n'est pas de devenir manipulateur soi-même pour faire tomber un manipulateur.
Il faut se contenter de semer des graines dans sa tête. Des graines de réflexion et attendre pour voir si elles germent.
Cela se fait par des questions, pour inciter la personne à une réflexion intérieur, par exemple pour le mauvais conducteur de tout à l'heure, il faut lui demander :
« Qu'est ce qui te fait penser ça ?»
Afin de commencer à dénouer le fil de sa réflexion.
Il faut aborder ce questionnement avec le plus de respect possible.
Montrer que l'on veut comprendre le cheminement de la personne pour voir la cohérence de sa pensée, et ne surtout pas vouloir lui faire avaler une vérité.
Il se peut aussi qu'au long du fil de la discussion, vous vous retrouviez à tourner en rond en retombant sur des éléments qui semblaient avoir été détricotés clairement auparavant.
Il est possible que la personne ait eu besoin de fabriquer un raisonnement circulaire pour supporter une dissonance cognitive par exemple.
Dans ces cas-là, le problème est ailleurs. Il n'est pas sur le cheminement de pensée qui tourne sur lui-même.
Il faut revenir aux émotions de la personne questionnée pour essayer d'identifier la stratégie d'évitement qui a été mise en place.
Mais tout ceci est possible uniquement si vous en avez l'envie, le courage, et surtout si la personne comprend que vous ne voulez pas exploiter les failles en elle qui lui font peur.
C'est un travail qui pourrait s'apparenter à un genre de thérapie si il s'étalait sur le long terme.
Et c'est toujours compliqué de s'improviser thérapeute, surtout dans les relations amicales ou sentimentales.
La situation peut dégénérer très rapidement.
Donc pesez le pour et le contre avant de vous engager dans cette vois-là
Il faut absolument prendre du temps pour faire ce travail, et laisser du temps à la personne, après, pour tout le travail intérieur qu'elle a à faire.
Les prises de consciences ne peuvent se faire que dans le calme et le silence de l'intimité intellectuelle.
Ça n'apparait jamais comme une illumination en plein débat, alors que les arguments sont projetés à la tronche de l'autre.
De toutes façon, la confrontation sur les faits uniquement n'est jamais productive.
Elle ne fait que renforcer les convictions de chacun.
A la fin, tout le monde retourne chez lui sans avoir changé ni écouté l'autre.
C'est le parfait moyen pour ériger des murs là ou on voudrait construire des ponts.
<<< Aller à l'épisode précédant Aller à l'épisode suivant >>>
