Ep 9 - La Double Contrainte
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S'il y a un jeu dans lequel les manipulateurs chevronnés excellent, c'est dans la double contrainte, ou l'art de vous obliger à perdre !
Les manipulateurs, après un certain palmarès dans le domaine, peuvent, lors d'un reproche ou d'une opposition de point de vu, vous imposer une chose irréalisable.
Une combinaison de deux requêtes qui s'opposent l'une l'autre!
Voici quelques exemples :
Un amoureux qui regrette la fougue des premiers jours peut dire à sa copine : Soit plus spontanée !
Alors, ça peut paraitre anodin de prime abord, mais en fait, il est impossible d'être spontané sur demande !
On ne peut pas décider consciemment d'être spontané, et quand on se rend compte qu'on l'est, on remarque qu'on est en train d'obéir à un ordre, donc on va se jauger pour savoir si on est à la hauteur de la requette, et on perd cette spontanéité.
On risque alors de se le reprocher à sois-même, voir de se le faire reprocher.
Quoi qu'on fasse, on est piégé.
Un autre exemple, vous regardez une personne qui vous plaît et une connaissance à elle vient vous demander si vous la trouvez jolie.
Si cette personne est mal intentionnée, elle va systématiquement retourner votre réponse contre vous :
Vous dites oui, vous êtes alors une personne perverse, et si vous dites non, c'est que vous la trouvez moche.
Vous ne pouvez pas vous en sortir.
Au travail, quand on vous reproche de ne pas avoir signalé une difficulté et que vous avez agit sans en référer à la hiérarchie.
C'est la ou on utilise le fameux : « Si tu n'a pas compris, tu me demandes ! »
Comment est-il possible de savoir ce que l'on ne sais pas.
Ou comment comprendre que l'on à mal compris !
Donc comment demander de l'aide quand on n'a pas l'impression de s'être trompé ?
Et si vous demandez de l'aide, on peut vous dire que vous n'êtes pas assez autonome.
Et enfin, dans la famille, ou lors d'une engueulade entre frère et sœur, la sœur aînée intime cet ordre à son petit frère : « Respecte-moi, connard» !
Si on accepte et qu'on ne répond pas, on donne du coup l'impression d'accepter de se faire insulter
Et si on répond pour se faire respecter, on donne une raison au manipulateur de dire qu'on ne l'a pas respecté.
D'une manière générale, il y a un déséquilibre qui est imposé, toujours à l'avantage du manipulateur, jamais à son désavantage, et qui est maintenu à grand renfort de mauvaise foi déguisée en réthorique, en sophisme et en talent oratoire.
La réthorique au service de la domination. Mais est-ce que la réthorique à déjà servi à autre chose ?
Ce que cette personne estime avoir droit, vous n'y aurez pas droit, ou pas accès, et ce à l'aide de moultes entourloupes.
Pour obtenir les mêmes droits, services, ou marques de respect, vous devrez le payer d'une façon ou d'une autre.
En acte de soumissions, par exemple, en devant vous justifier, ou alors en obtenant quelque chose comme monnaie d'échange.
Vous pourrez le payer aussi en temps de cerveau, tout simplement.
Là ou l'autre exige qu'on ne remette pas en cause ses choix, ses avis, ses opinions, les votre serons questionnés, jaugés, comparés, exposés et disséqués sur la place publique.
Le manipulateur pourra par exemple être froid et direct avec vous mais vous reprochera d'avoir été dur avec lui si vous agissez comme lui.
s'il a la possibilité d'y mettre un peu d'attaque personnelle, vous n'y manquerez pas.
Et quand je parle de place publique, je veux dire littéralement : S'il y a du publique, il vous soumettra comme sur un pilori de la morale, nous en avons déjà parlé dans un précédent épisode.
Et ce n'est pas le seul déséquilibre qu'il va alimenter.
Sur n'importe quel désaccord, il peut vous demander de lui prouver qu'il a tort.
C'est une situation impossible pour plusieurs raisons, la première étant qu'on ne peut pas prouver que quelque chose n'existe pas.
On ne peut que prouver l'existence de quelque chose, pas l'inexistence de son contraire.
C'est une pensée par la négative qui est commune chez les manipulateurs, et vous demander de leur donner tort, c'est vous inciter à adopter cette manière de penser, et donc à leur ressembler.
Il vous sera impossible de prouver que sa théorie n'est pas vrai.
Ensuite, il se mettra en juge et vous fera croire qu'il y a une possibilité que vous puissiez le convaincre qu'il a tort.
Comme toujours, il se donne le rôle de celui qui va trancher en dernier.
Il n'y a aucune raison qu'il finisse par se donner tort. Vous perdrez de toute façon.
Ce cas est d'ailleurs un cas particulier de la double contrainte qui s'appelle « l'inversion de la charge de la preuve », ou de manière indirect et détournée, il vous charge de prouver sa théorie à lui.
En gros, il vous charge de faire le travail de recherche qu'il n'a pas fait, et au bout de votre exposé, il va juste se positionner par rapport à vos arguments, faire le tri de ce qui ne lui plait pas, et nier votre contradiction.
Plutôt que de le convaincre, vous allez lui apprendre à résister à vos arguments.
De manière global, c'est très récurent chez les manipulateurs cette habitude à s'entourer de gens pour qu'ils leur fasse le travaille qu'ils ne font pas eux-même, travail argumentaire ou autre !
Il arrive toujours à trouver une justification pour renverser la charge de la tache à faire.
Les plus habiles se retrouvent parfois à s'engager à rendre quelque chose qu'ils ne feront pas eux-même, mais qu'ils auront réussi à faire faire par d'autres, pour au final profiter seul des bénéfices.
La relation et les échanges du manipulateur avec vous sont basés sur une dette morale qu'il impose pour donner l'illusion qu'il faut rééquilibrer les rapports.
Et si vous souhaitez faire les comptes, il trouvera que vous êtes une personne mesquine, alors que lui tiendra les comptes de vos dettes morales à vous.
Tout n'est que comptes d'apothicaire et détournement d'attention quand cette personne peut récupérer quelque chose de vous, mais ne tient jamais les comptes quand c'est elle qui vous doit quelque chose.
Et c'est souvent le même comportement avec l'argent.
Le caractère principal à tout ces agissements, c'est l'égocentrisme du manipulateur.
Tout est fait pour maintenir une inclination de la relation dans un seul sens, le sien. Il est impossible d'avoir un rapport d'égal à égal avec lui.
Nous sommes tous forgés par nos valeurs morales, notre besoin de cohérence et, toujours plus ou moins présent, un fond d'altruisme qui nous pousse à ne pas vouloir le malheur d'autrui.
On peut même aller jusqu'à vouloir pour les autres les mêmes avantages que l'on a soi-même (dans les cas ou on en as, bien sûr!).
Les manipulateurs trouveront toujours un moyen de pression car ils utilisent votre morale et votre volonté de cohérence contre vous.
Votre faiblesse face à lui, c'est votre aptitude aux remords, au respect des autres, à vouloir l'entente et à fuir le conflit, alors que ce sont normalement des qualités.
Et c'est ainsi qu'il force votre consentement, en vous faisant accepter que vous lui devez quelque chose et qu'il faut payer votre dette.
Tant que vous ne remettez pas en cause ce déséquilibre permanent dans vos rapports, cette inclinaison toujours à son avantage, votre consentement est forcé.
Il joue sur vos besoins sociaux pour vous culpabiliser et vous inciter à faire ce que lui veut, ce dont il a besoin, et quitte à ce que ce soit vous qui preniez les risques.
Mais, par contre, quelle peut bien être la peur à la base de ce comportement ?
Cette question est sarcastique bien-sur, car on en a déjà parlé maintes fois, c'est dû à une peur du manque de contrôle, qui, ici, se rassure par un besoin de domination, très clairement !
Le manipulateur dans ce cas précis, à besoin de contrôler la relation, mais aussi de le faire comprendre à sa victime.
En gros, il souhaite voir des signes de soumissions. Et tout ce qu'on peut accepter de faire pour eux sera comme autant de symbole d'un genoux posé à terre.
Il souhaite ouvertement vous voir soumis à ses exigence, en génuflexion face à ses doléances princières.
Et s'il doit vous mentir pour l'obtenir, omettre sciemment des informations, et vous embrouiller pour ça, il le fera.
Voir les autres se soumettre à lui peux agir comme une drogue, et comme tout les dépendants s'il en est à ce point, il ira très loins pour avoir sa dose.
La ou vous serez cohérent, lui sera contradictoire.
La ou vous serez droit, il sera fourbe.
La ou vous serez dans le remord, il sera dans l'outrance, là ou vous serez dans l'écoute, il ordonnera, et la ou vous n'aurez qu'une parole, il tiendra un double discours.
Mais alors, comment faire pour résister à ce genre de comportement ?
En étant intransigeant et en ne laissant plus rien passer !
Je dois vous prévenir que c'est à partir d'ici que la résistance à la manipulation peut vous amener à ressembler à ce que vous ne supportez pas, car il faut finir par avoir le même comportement que cette personne à avec vous.
Il faut agir comme un miroir de ce qu'il vous fait subir et maintenir un rapport égalitaire en analysant les phrases et les injonctions qu'il vous fait pour les lui renvoyer.
Dans un premier temps, d'ailleurs, prenez l'habitude de ne plus lui répondre directement. Prenez systématiquement le temps de la réflexion pour trouver une réponse qui soit parfaitement adaptée à la demande.
Ensuite, vous lui répondez à la mesure de sa demande :
Si c'est une injonction avec un fond de culpabilisation, vous faite pareil, si c'est une attaque personnelle, vous lui rendez la politesse, etc.
Vous lui rendez coup pour coup !
Et quand arrive la fameuse double contrainte, celle qui vous fait perdre dans 100 % des cas, et bien foutu pour foutu, vous rétablissez la vérité et le respect que vous estimez mériter.
Il faut toujours un certain talent pour analyser ce qui vous est envoyé afin d' arriver à en renvoyer une partie.
Ce talent d'analyse peut se cultiver, souvent à force d'engueulade malheureusement, mais on aiguise toujours mieux ses arguments quand on sait qu'on va à la bataille.
C'est comme un mauvais moment à passer pour se renforcer.
On peut aussi réfléchir à la théorie, en anticipant les conflits.
Tout ceci est possible, mais il faut savoir que tout ce travail
mentale vous conditionne au conflit.
Il vous faudra donc vous rappeler que ce n'est pas la vrai vie, et que ce conditionnement à pour but de vous amener vers le soulagement.
Il ne doit servir qu'un temps et dans des circonstances précises, car vous pourriez l'oublier et l'utiliser là ou il n'y a plus de manipulation à anéantir.
Et vous pourriez même devenir la seule source de manipulation de la situation.
Donc si ce conditionnement est bien fait, il doit vous amener à pouvoir vous en séparer une fois le combat fini.
Il n'a qu'un seul but, vous permettre de tenir tête à votre manipulateur pour rétablir de manière pérenne une relation sans déséquilibre.
Ce conditionnement doit donc être à la mesure du déséquilibre à corriger.
D'autant qu'il n'y a pas de méthode clairement établie, les reproches qui vous seront envoyées seront du sur mesure, donc difficile à anticiper.
Attendez vous à être surpris. Mais défendez vous, gardez l'esprit clair et la foi en votre détermination.
La différence entre vous et lui, c'est ce besoin de rester dans cette relation pour cultiver son égo.
Ne perdez jamais de vu la possibilité d'inciter votre manipulateur à quitter la relation.
Pour l'amener à se dévoiler, rappelez-lui qu'il peut toujours partir de lui-même pour qu'il n'ai plus à subir ce qu'il vous reproche.
Insistez sur le fait que c'est un comportement louche que de souhaiter rester en relation avec quelqu'un qui vous fait souffrir.
Et là... On en arrive à une situation véritablement compliquée.
Car ce qui est vrai pour lui est aussi vrai pour vous.
Que votre relation soit amicale, professionnelle, familiale ou intime, il n'y a rien d'honorable à rester la victime d'une relation toxique de ce genre.
Des amitiés peuvent se défaire, on peut toujours changer de travail, on peut ne pas voir certaine personne de sa famille pendant des années et on peut rompre.
Il n'y a rien qui vous oblige à rester en relation avec une personne qui vous fait subir ça.
Gardez ceci en tête: Si vous voulez y restez, vous pourriez y rester !
A trop vouloir avoir raison et vouloir rester par orgueil, vous pourriez y perdre beaucoup.
Donc vouloir aller jusqu'a la confrontation pour inviter l'autre à partir, ça peut signifier que vous-même vous n'avez pas pris cette décision et êtes resté volontairement dans cette relation toxique.
Attendre ce point de rupture pour lui demander de partir, veut dire que vous pouviez prendre vous-même cette décision avant et que vous ne l'avez pas fait, comme un victime consentante.
Mais ce statut, c'est à vous et vous seul d'en faire le constat.
Soyez le plus clair possible avec vous-même dans cette situation, car ça vous sera reproché de toute façon, comme tout le reste, mais si vous êtes clair avec vous-même, les reproches ne feront pas si mal que ça.
Il faut s'y préparer.
Il faut clairement vous demander si vous voulez aller jusqu'a ce point de rupture, car la fuite est toujours possible, à n'importe quel moment.
Vous n'êtes pas obligé d'aller jusqu'au bout de la relation pour déclarer qu'elle est fini.
Vous pouvez prendre cette décision au lieu d'attendre que quelqu'un d'autre décide de ce dont vous avez besoin.
Vous pouvez devenir, vous-même, cette personne dont vous avez besoin pour prendre cette décision.
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